Beaucoup pensent spontanément à Istanbul quand on leur demande quelle est la capitale de la Turquie. C'est une erreur très répandue. La véritable capitale du pays est Ankara, une ville d'Anatolie centrale qui a été choisie par Mustafa Kemal Atatürk en 1923 pour incarner la naissance d'une République résolument tournée vers l'avenir. Voici tout ce qu'il faut savoir sur ce choix historique et sur la capitale turque d'aujourd'hui.
La capitale de la Turquie est Ankara
La réponse est sans équivoque : Ankara est la capitale officielle de la République de Turquie. Cette confusion avec Istanbul est pourtant compréhensible : Istanbul est la plus grande ville du pays, son poumon économique et culturel, et elle fut pendant des siècles la capitale de grands empires. Mais depuis le 13 octobre 1923, c'est bien Ankara qui détient ce statut officiel, quelques jours avant même la proclamation de la République turque, le 29 octobre de la même année.
Ankara est située au coeur de l'Anatolie centrale, à une altitude de 938 mètres. Elle compte aujourd'hui plus de 5,7 millions d'habitants (2022), ce qui en fait la deuxième ville du pays derrière Istanbul. Ses coordonnées géographiques sont 39 degres 55' N, 32 degres 50' E. Elle concentre les principales institutions politiques et administratives de la Turquie : le Parlement, la présidence de la République, les ministères et les ambassades étrangères.
Pourquoi Ankara et pas Istanbul ? Le choix historique d'Atatürk
Le contexte de 1923 : la fin d'un empire, la naissance d'une République
Pour comprendre ce choix, il faut remonter à l'effondrement de l'Empire ottoman au lendemain de la Première Guerre mondiale. Défaite militaire, occupation étrangère, dissolution progressive d'un empire vieux de six siècles : la Turquie de 1920 est un pays à reconstruire de fond en comble. C'est dans ce contexte que Mustafa Kemal, général charismatique et visionnaire, lance depuis l'Anatolie le mouvement de résistance nationale qui aboutira à la guerre d'indépendance turque (1919-1923).
C'est précisément depuis Ankara que Kemal organise ce mouvement. La ville devient le quartier général des forces nationalistes, le lieu où se prennent les décisions stratégiques et politiques qui donneront naissance à la nouvelle Turquie. Lorsque la victoire est acquise et que la République est proclamée, choisir Ankara comme capitale n'est donc pas un hasard : c'est une décision chargée de symboles forts.
Les raisons qui ont motivé le choix d'Ankara
Plusieurs facteurs expliquent pourquoi Atatürk a préféré Ankara à Istanbul pour en faire la capitale de la nouvelle République :
- Une rupture symbolique avec l'Empire ottoman. Istanbul était depuis des siècles le coeur battant de l'Empire ottoman. Choisir une autre ville comme capitale, c'était envoyer un message clair : la Turquie nouvelle tournait le dos à cet héritage impérial pour se réinventer.
- Le berceau du mouvement nationaliste. Ankara avait été le centre de commandement de la résistance nationale. En faire la capitale, c'était honorer et pérenniser cet héritage révolutionnaire.
- Une position géographique stratégique. Nichée au coeur de l'Anatolie, loin des côtes et des frontières maritimes, Ankara était beaucoup moins vulnérable à une attaque ou une occupation étrangère qu'Istanbul, exposée aux détroits et à la mer.
- Une capitale "vierge" pour une nation "neuve". Atatürk souhaitait construire une République moderne sur des bases neuves. Une capitale peu marquée par le passé impérial offrait une page blanche, propice à incarner la modernité et le progrès qu'il voulait insuffler au pays.
Pourquoi pas Istanbul ? L'histoire millénaire d'une ville hors norme
Byzance, Constantinople, Istanbul : trois noms, un destin de capitale
Il faut bien reconnaître qu'écarter Istanbul n'allait pas de soi. Cette ville extraordinaire, bâtie à cheval sur deux continents, a été capitale pendant une très grande partie de l'histoire. Fondée sous le nom de Byzance par les Grecs dès le VIIe siècle avant notre ère, elle devient Constantinople en 330 après J.-C. lorsque l'empereur romain Constantin en fait la nouvelle capitale de l'Empire romain d'Orient. Elle restera ensuite le coeur de l'Empire byzantin jusqu'en 1453, date à laquelle les Ottomans s'en emparent pour en faire, sous le nom d'Istanbul, la capitale de leur propre empire pendant près de cinq siècles.
Rares sont les villes au monde à avoir été capitale de manière aussi continue et aussi longue. Ce poids de l'histoire était précisément ce qu'Atatürk voulait contourner : trop liée à l'ancien régime, à la cour ottomane, aux structures traditionnelles du pouvoir, Istanbul ne pouvait pas, à ses yeux, incarner le renouveau de la nation turque.
Istanbul, une puissance économique sans pareille
Malgré la perte de son statut de capitale, Istanbul n'a rien perdu de son dynamisme. Elle reste aujourd'hui la métropole turque par excellence, avec plus de 15 millions d'habitants dans son aire urbaine. Elle représente à elle seule environ 27 % du PIB national et figure parmi les quinze villes les plus riches du monde. Carrefour commercial entre l'Europe et l'Asie, centre financier, culturel et touristique de premier plan, Istanbul demeure le visage de la Turquie que le monde entier connaît.
C'est d'ailleurs cette confusion entre notoriété internationale et statut officiel qui explique en grande partie l'erreur répandue qui lui attribue le titre de capitale. Mais popularité ne rime pas avec pouvoir institutionnel : ce sont bien les bâtiments d'Ankara qui abritent le Parlement turc, la présidence et les sièges des ministères.
Ankara aujourd'hui : portrait de la capitale turque
Anciennement connue sous les noms d'Angora et d'Ancyre dans l'Antiquité, Ankara a une histoire bien plus ancienne que son rôle de capitale républicaine pourrait le laisser croire. Les Hittites, les Phrygiens, les Romains et les Byzantins s'y sont tous succédé, et la ville conserve quelques vestiges de cette longue histoire, notamment le Temple d'Auguste et de Rome, ou encore la Citadelle d'Ankara perchée sur une colline.
Aujourd'hui, Ankara est avant tout une ville administrative et universitaire. Elle abrite de nombreuses grandes universités, des centres de recherche et des institutions publiques. Son architecture mêle grands boulevards planifiés du XXe siècle et quartiers plus anciens. Si elle n'a pas le cachet touristique ni l'effervescence cosmopolite d'Istanbul, elle joue pleinement son rôle de capitale politique : c'est là que se décide l'avenir de la Turquie, pays de 85 millions d'habitants dirigé par Recep Tayyip Erdoğan, et qui couvre une superficie de 783 562 km2.
En résumé, si vous deviez retenir une seule chose : la capitale de la Turquie est Ankara, choisie en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk pour symboliser la rupture avec l'Empire ottoman et la naissance d'une République moderne. Istanbul, malgré sa grandeur et son rayonnement mondial, n'est que la plus grande ville du pays - et non sa capitale.