Entre la réforme des retraites de 2023 partiellement suspendue, la revalorisation des pensions de base au 1er janvier 2026 et les règles de versement qui varient d'un régime à l'autre, l'année 2026 s'annonce particulièrement chargée pour les futurs et actuels retraités. Voici un tour d'horizon complet de ce qu'il faut savoir avant de partir ou pour mieux comprendre vos prochains bulletins de pension.
L'âge légal de départ à la retraite en 2026
Le calendrier progressif issu de la réforme de 2023
La réforme des retraites portée par le gouvernement Borne et promulguée en avril 2023 a instauré un relèvement progressif de l'âge légal de départ, passant de 62 à 64 ans. Ce relèvement ne s'est pas fait d'un coup : il est étalé sur plusieurs générations, à raison de trois mois supplémentaires par année de naissance à compter de la génération 1961.
Concrètement, si vous êtes né avant le 1er septembre 1961, vous pouvez partir à 62 ans. Si vous êtes né entre le 1er septembre 1961 et le 31 décembre 1961, l'âge légal est de 62 ans et 3 mois. Ce décalage se poursuit jusqu'à la génération 1968 et après, pour qui l'âge légal atteint 64 ans.
Tableau : votre âge légal selon votre année de naissance
| Année de naissance | Âge légal de départ | Trimestres pour le taux plein |
|---|---|---|
| Avant le 1er septembre 1961 | 62 ans | 167 trimestres |
| 1er sept. 1961 - 31 déc. 1961 | 62 ans et 3 mois | 168 trimestres |
| 1962 | 62 ans et 6 mois | 168 trimestres |
| 1963 | 62 ans et 9 mois | 169 trimestres |
| 1964 | 63 ans | 169 trimestres |
| 1965 | 63 ans et 3 mois | 170 trimestres |
| 1966 | 63 ans et 6 mois | 170 trimestres |
| 1967 | 63 ans et 9 mois | 171 trimestres |
| 1968 et après | 64 ans | 172 trimestres |
Âge légal et âge du taux plein : quelle différence ?
Il est essentiel de distinguer deux notions souvent confondues. L'âge légal d'ouverture des droits est le plus tôt à partir duquel vous pouvez demander votre retraite. Mais partir à cet âge ne garantit pas forcément une pension à taux plein. Pour obtenir le taux plein (soit 50 % du salaire de référence pour le régime général), il faut soit avoir atteint l'âge du taux plein automatique, soit avoir cotisé le nombre de trimestres requis selon votre génération.
L'âge du taux plein automatique est fixé à 67 ans, quelle que soit votre génération. En dessous, si vous n'avez pas votre nombre de trimestres complets, chaque trimestre manquant entraîne une décote permanente de 1,25 % sur votre pension de base. Cette décote n'est pas rattrapable une fois la retraite liquidée, d'où l'importance de vérifier son relevé de carrière bien en amont.
La réforme des retraites suspendue : ce que cela change concrètement
Pourquoi la réforme est-elle suspendue ?
Depuis son adoption, la réforme des retraites de 2023 a fait l'objet de vifs débats politiques. Dans ce contexte particulier, les autorités ont décidé de suspendre l'application de certaines de ses dispositions jusqu'aux élections présidentielles de 2027. L'objectif affiché est de permettre un nouveau débat démocratique sur le sujet avant toute mise en oeuvre définitive des dispositions les plus contestées.
Quels départs sont concernés par cette suspension ?
La suspension porte sur les départs prévus à compter de septembre 2026. Si vous envisagez de partir à la retraite avant cette date, les règles issues de la réforme de 2023 s'appliquent intégralement selon votre génération et votre année de naissance. En revanche, pour les départs programmés après septembre 2026, une incertitude demeure quant aux conditions exactes qui seront finalement applicables.
Cela représente un enjeu majeur pour les personnes nées entre 1962 et 1965 notamment, qui voient leur âge légal de départ potentiellement remis en question selon l'issue des débats politiques à venir.
Ce qui reste applicable malgré la suspension
La suspension ne remet pas tout à plat. Les règles générales de calcul de la pension, la notion de trimestres validés, le dispositif de retraite anticipée pour carrière longue, le cumul emploi-retraite et les dispositifs de retraite progressive restent en vigueur. Seul le calendrier du relèvement progressif de l'âge légal fait l'objet d'un gel temporaire pour les départs postérieurs à septembre 2026.
Les nouveautés financières au 1er janvier 2026
Revalorisation de 0,9 % des pensions de base
Bonne nouvelle pour les retraités du régime général : les pensions de base ont été revalorisées de 0,9 % au 1er janvier 2026, conformément à l'évolution de l'inflation mesurée par l'INSEE sur la période de référence. Pour un retraité percevant 1 200 euros par mois, cela représente environ 10,80 euros supplémentaires mensuels, soit près de 130 euros par an.
Attention cependant au calendrier : bien que la revalorisation soit effective depuis le 1er janvier 2026, elle n'apparaît concrètement sur votre compte bancaire qu'avec la pension versée le 9 février 2026, cette dernière couvrant le mois de janvier selon la règle du paiement à terme échu.
Pas de revalorisation pour les retraites complémentaires Agirc-Arrco
Les retraites complémentaires Agirc-Arrco, qui concernent l'ensemble des salariés du secteur privé, ne font en revanche l'objet d'aucune revalorisation au 1er janvier 2026. Les partenaires sociaux gestionnaires du régime ont en effet décidé de ne pas augmenter la valeur du point pour cette période. La prochaine opportunité de revalorisation interviendra lors des prochaines négociations paritaires.
Pour les retraités du secteur privé, la pension globale (base + complémentaire) ne progresse donc pas au même rythme, la revalorisation de 0,9 % ne s'appliquant qu'à la part versée par la CNAV.
Calendrier complet des versements des retraites en 2026
Le régime général (CNAV) : la règle du 9 du mois
Pour les retraités relevant du régime général, la pension est versée à terme échu, c'est-à-dire que la pension de janvier est versée début février, celle de février début mars, et ainsi de suite. La date de référence est le 9 du mois. Lorsque le 9 tombe un samedi, un dimanche ou un jour férié, le virement est reporté au premier jour ouvré suivant.
Ainsi, pour 2026, les principales dates de versement du régime général sont les suivantes : 9 janvier (pension de décembre 2025), 9 février, 9 mars, 9 avril, 11 mai (le 9 étant un samedi), 9 juin, 9 juillet, 10 août (le 9 étant un dimanche), 9 septembre, 9 octobre, 9 novembre et 9 décembre.
La retraite complémentaire Agirc-Arrco : versement en avance
Le régime Agirc-Arrco fonctionne différemment : il verse la pension par anticipation, en début du mois en cours et non du mois suivant. Le versement intervient généralement autour du 2 du mois. La pension de janvier est donc versée début janvier, celle de février début février, etc. Ce fonctionnement en avance, combiné au versement à terme échu de la CNAV, explique pourquoi de nombreux retraités perçoivent leurs deux pensions à des dates distinctes.
Les fonctionnaires (SRE, CNRACL, Ircantec) : versement en fin de mois
Les retraités de la fonction publique d'État (régime SRE géré par la DGFiP), les agents des collectivités territoriales et hospitaliers (CNRACL) ainsi que les agents non titulaires (Ircantec) reçoivent leur pension en fin de mois, pour le mois en cours. Le versement intervient généralement les derniers jours ouvrés du mois, selon un calendrier publié par chaque caisse.
Cas particulier de l'Alsace-Moselle
Les retraités relevant de la Carsat Alsace-Moselle bénéficient d'un régime de versement spécifique dit "à terme à échoir", c'est-à-dire par anticipation, en début de mois. Contrairement au reste de la France où la CNAV verse à terme échu, la Carsat d'Alsace-Moselle règle la pension du mois en cours dès le début de ce même mois. Cette particularité est héritée du droit local alsacien-mosellan et reste en vigueur en 2026.
Tableau récapitulatif des dates de versement 2026
| Mois | CNAV (régime général) | Agirc-Arrco | Fonctionnaires |
|---|---|---|---|
| Janvier 2026 | 9 janvier | 2 janvier | Fin janvier |
| Février 2026 | 9 février | 2 février | Fin février |
| Mars 2026 | 9 mars | 2 mars | Fin mars |
| Avril 2026 | 9 avril | 2 avril | Fin avril |
| Mai 2026 | 11 mai | 4 mai | Fin mai |
| Juin 2026 | 9 juin | 2 juin | Fin juin |
| Juillet 2026 | 9 juillet | 2 juillet | Fin juillet |
| Août 2026 | 10 août | 3 août | Fin août |
| Septembre 2026 | 9 septembre | 2 septembre | Fin septembre |
| Octobre 2026 | 9 octobre | 2 octobre | Fin octobre |
| Novembre 2026 | 9 novembre | 2 novembre | Fin novembre |
| Décembre 2026 | 9 décembre | 2 décembre | Fin décembre |
Les dates indiquées sont indicatives et peuvent être décalées d'un jour ouvré en cas de week-end ou de jour férié. Vérifiez les dates exactes auprès de votre caisse de retraite.
Préparer son départ à la retraite : les démarches clés en 2026
Quand et comment faire sa demande ?
Il est recommandé de déposer sa demande de retraite au minimum six mois avant la date souhaitée de départ. La demande s'effectue en ligne sur le site de l'Assurance retraite (lassuranceretraite.fr) ou par voie postale auprès de votre caisse. Si vous relevez de plusieurs régimes (par exemple un régime de base et un régime complémentaire), pensez à effectuer des demandes distinctes auprès de chaque organisme, même si certains systèmes permettent une démarche mutualisée.
Vérifier son relevé de carrière et ses trimestres validés
Le relevé de carrière est le document fondamental sur lequel repose le calcul de votre retraite. Accessible depuis votre espace personnel sur lassuranceretraite.fr, il récapitule l'ensemble de vos périodes cotisées, assimilées et rachetées. Il est fortement conseillé de le consulter et de le corriger si nécessaire plusieurs années avant votre départ, car les délais de régularisation peuvent être longs. Des trimestres manquants liés à des périodes de chômage, de maladie, de service militaire ou de congé parental peuvent parfois être récupérés.
Les dispositifs d'épargne retraite à connaître
Le Plan d'Épargne Retraite (PER), mis en place depuis 2019, reste en 2026 l'outil privilégié pour se constituer un complément de revenus à la retraite. Il existe sous forme individuelle (PER individuel, anciennement PERP ou Madelin) ou collective (PER entreprise). Les versements sont déductibles du revenu imposable dans la limite des plafonds légaux, ce qui en fait un outil fiscal attractif. À la sortie, le capital ou la rente sont imposés selon des règles spécifiques selon le type de versement effectué.
En 2026, dans un contexte de suspension partielle de la réforme et d'incertitude sur les conditions futures de départ, la constitution d'une épargne retraite complémentaire apparaît plus que jamais pertinente pour sécuriser son niveau de vie à long terme.